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Histoire simple d’un éclusier

jeudi 6 janvier 2011, par André BALCAEN

HISTOIRE SIMPLE D’UN ECLUSIER  [1]

Mon grand-père Auguste était éclusier. Né en 1868 sous le Second Empire, il avait quitté l’école communale à 9 ans et encore n’y allait-il que l’hiver, gardant les vaches le reste du temps. Cadet d’une famille de 7 enfants aux prénoms tombés en désuétude : Victor, Constant, Michel, Jean-Louis, Pierre et Célestine sans doute savait-il suffisamment lire et écrire pour postuler à un emploi au service de la Compagnie. Secondé efficacement par son épouse Marie qui lui donna trois enfants : Aimée, Auguste et Reine-Marguerite, il vécut modestement, goûtant les joies simples des humbles gens au gré des mutations d’écluse en écluse. Ce fut d’abord Charenton du Cher, Launay près de Thénioux, Dalvet à Foëcy pour aboutir enfin à Vierzon. Cette ultime affectation s’accompagna d’une promotion d’éclusier chef. A l’écluse de la Ville, la tâche se montrait autrement plus prenante. Il fallait veiller à l’étiage, braver les caprices des eaux dus au déversement de l’Yèvre dans le bassin, faire respecter les priorités de passage par les mariniers, compter avec la présence toute proche du port hanté par les débardeurs, ceux-ci n’étant pas toujours gens faciles, souvent buveurs et batailleurs…alias boit sans soif ou côté creux. D’aucun parmi les très anciens Vierzonnais se souviennent encore de sa frêle silhouette, distribuant des laissez-passer aux usagers désireux d’emprunter le chemin de halage qui mène de la Ville aux Forges, observant à la belle saison les nageurs dans le bassin. Pour améliorer l’ordinaire, il cultivait son jardin d’une façon remarquable dit-on et vendait parfois des légumes aux mariniers ; ce qui devait être interdit à l’époque, j’imagine. Il aimait aussi surprendre les visiteurs en leur montrant dans la partie ornementale son "aubépine" de Judée la même dont disait-il on se servit pour tresser la couronne du Christ. Il est vrai que la Noue de Jérusalem coulait en limite du jardin. Comme tout un chacun le destin lui délivra son lot d’épreuves : traversée de deux guerres, j’allais dire trois, perte de deux de ses enfants. Le métier aussi ne fut pas exempt de drames : décès de la femme d’un collègue et ami suite à un accident du travail, noyade d’un marinier et de ses mules lors d’une crue de l’Yèvre provoquant ruine et misère d’une famille ; à l’époque la couverture par les assurances restait une exception. A 83 ans l’année de sa disparition, j’avais alors 10 ans, il était resté le même, arborant toujours fièrement son éternelle casquette d’éclusier insigne de sa profession qu’il troquait volontiers l’été pour un canotier. Vaillant malgré son âge, il se déplaçait encore sur sa vieille bicyclette noire. L’abandon puis le déclassement de son canal ne l’avaient nullement rendu amer. C’était sans doute ce qu’on appelle la sagesse des anciens ; la sérénité après qu’une page importante de la vie vient d’être tournée. Il ne vit pas trop les ravages qui s’ensuivirent : destruction des ponts-levis, comblements ici et là, délabrement des écluses, le tout au profit de l’omniprésente circulation routière. J’imagine son enthousiasme devant les perspectives nouvelles qui s’offrent à nous maintenant et que nous devons concrétiser.

André BALCAEN

Portfolio

Le Canal à Vierzon Le Grand-Père d'André

Notes

[1] Adhérent de L’ARECABE, André BALCAEN a écrit et illustré ce texte pour notre association.

1 Message

  • Histoire simple d’un éclusier Le 8 octobre 2014 à 01:52 , par Quentinj

    Grand bravo et continuez ainsi, voilà brièvement les encouragements mérités.

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